LA DEFORESTATION : UNE CAUSE DU SOUS DEVELOPPEMENT AGRICOLE

LES EXPLOITATIONS IRRATIONNELLES ET ABUSIVES :

CAUSES DE LA DEGRADATION DES FORETS ET DU DEBOISEMENT,

ET COMME

PREALABLE ET SOLUTION A LA REFORESTATION,

AU REBOISEMENT ET A BEAUCOUP D’AUTRES MAUX

QUI RONGENT LA GUINEE FORESTIERE,

LA PROMOTION D’ACTIVITES AGRICOLES STABLES ET RENTABLES

 POUR UN DEVELOPPEMENT SOCIO-ECONOMIQUE DURABLE

AU PROFIT DU PLUS GRAND NOMBRE,

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L'Histoire des Forêts de Guinée Forestière, classées ou non, est intimement liée à celle des populations endogènes et à leurs interactions avec leur écosystème forestier depuis au moins les 100 dernières années. Pour rappel, la création des forêts classées dans les années 1940, étaient une première mesure de préservation des forêts et de lutte contre la déforestation. A ce titre il faut bien comprendre que les causes premières de la déforestation sont donc anciennes et d'abord dues aux activités rurales itinérantes sur brûlis et aux feux de brousse incontrôlés qui en résultent. Activités itinérantes dites « de subsistance », devenues « activités de misère » dans le contexte économique moderne ce qui ne peut que conduire à toujours plus de pauvreté et de désespérance, engendrant plus de maux et de conséquences. Comme elles sont encore trop souvent, la base principale des activités agricoles ou pastorales dans les zones rurales de Guinée Forestière, elles demeurent une cause importante de déforestation et surtout le premier obstacle à toute tentative de reforestation.

Une seconde cause plus récente, mais non négligeable est venue s’y ajouter durant les 30 dernières années. A savoir : des exploitations forestières irrationnelles et abusives. D'abord industrielles jusqu'en 2001, elles sont essentiellement artisanales depuis cette date et jusqu’à nos jours. Ces exploitations irrationnelles ont sévèrement impacté les massifs forestiers par des prélèvements abusifs et non durables. Ceux-ci ont été un réel facteur d’accélération de la dégradation des forêts, à l'origine du déboisement et de la raréfaction actuelle des bois économiquement exploitables.

On ne peut cependant se contenter d’incriminer simplement les exploitants, qu’ils soient, légaux ou non, sans d’abord rappeler que ces forêts et leurs ressources ne sont pas sans Maîtres attitrés. Ces forêts et leurs ressources relèvent de droit et de fait de l’Administration Forestière qui en a la pleine responsabilité et gestion. Gestion forestière qui ne peut se résumer à la fixation de règles, de taxes et de rentes à capter.

Depuis sa création en 2002 par Convention avec l'Etat pour une exploitation industrielle dans les F.C. Ziama et Diécké, l'existence de FORET FORTE s’est donc retrouvée intimement liée à cette histoire ancienne et actuelle des Forêts en Guinée Forestière. Cà n’en fait pas pour autant, le « Parfait Coupable » à incriminer ou à accuser. Les deux raisons majeures en sont en premier : l’ensemble des causes réelles qui en 30 ans ont conduit à la déforestation massive de la Région Forestière et en second : FORET FORTE s’est inscrit jusqu’à ce jour et n’a pratiqué qu’une exploitation rationnelle et durable, donc soutenable et légale. Qu’en est-il des autres ?

Bien au contraire, FORET FORTE est donc aujourd’hui « victime » des abus de l’exploitation artisanale. En effet, son exploitation qui se limite à la récolte d’arbres mûrs (diamètre > 60 cm) et assure le maintien de tous les arbres d’avenir (diamètre de 40 à 60 cm), est partout suivie par celle des exploitants artisanaux qui coupent illégalement ces arbres d’avenir. L'état de déforestation et de déboisement est tel qu’aujourd’hui l'avenir immédiat de FORET FORTE sur son actuelle concession, est très sérieusement compromis. Quant à l'avenir à long terme (de 20 à 30 ans), il y est maintenant surtout dépendant des nouvelles trajectoires que le gouvernement voudra bien envisager et mettre en place, pour y promouvoir une reforestation durable. Or sur ce point précis et selon nos connaissances acquises, toutes tentatives de reforestation en terroirs villageois ou même de préservation des forêts classées encore existantes sont vouées à l'échec, dès lors qu'elles ne prendraient pas en compte la satisfaction des aspirations légitimes des petits paysans à sortir de leur pauvreté et désespérance. 

Sur ce plan, le modèle SOGUIPAH de développement de plantations familiales d'hévéas et de palmiers à huile n'a pas eu pour seul effet que de mettre en place ces plantations. En effet, cette approche de promotion au bénéfice de petits paysans : d'activités stables, durables et rentables en lieu et place d'activités itinérantes sur brûlis, leur a permis de sortir de leur misère et a apporté un réel progrès socio-économique pour la région et le plus grand nombre de ses habitants. Cela a aussi permis de libérer durablement des espaces et d'y supprimer ou réduire très fortement l'usage des feux, autorisant dès lors la reconstruction par voie naturelle ou assistée de vrais paysages forestiers, dotés d’un réel potentiel riche en bois d'avenir à exploiter.

A l'instar du modèle SOGUIPAH et de ses résultats indubitables, qui en moins de 20 ans ont transformé et rendu prospère Diécké et sa région, il devrait donc être possible d’initier un réel développement socio-économique au profit des populations rurales de Guinée Forestière et de rendre à nouveau la Région prospère et forestière, avec à nouveau de vrais paysages forestiers. Il faut seulement étendre le modèle en le diversifiant sur le plan des activités stables et rentables à promouvoir.

Surtout on ne doit pas s'arrêter à produire seulement, il faut aller plus loin en réduisant les pertes et en donnant sur place de la valeur ajoutée aux produits issus de ses activités. Leur conditionnement et/ou leurs premières transformations pour une meilleure conservation et commercialisation, sont aussi créatrice d'emplois et de richesses. A l’inverse, le transport et la commercialisation vers Conakry des bananes actuellement produites en Guinée Forestière, constituent un réel gaspillage et ne permettent en rien de rémunérer à sa juste valeur le travail des petits producteurs.

En attendant cette « révolution », l’avenir et l’existence même de FORET FORTE dépendront des autres sources durables d’approvisionnement en bois ou autres matières ligneuses disponibles dans un rayon de 100 km. Ce qui ne pourra se faire sans l’aide et/ou les autorisations du Gouvernement pour les rendre accessibles.

A tout un chacun donc, de se convaincre et de croire fermement que la reforestation et l'avenir prospère de la Guinée Forestière, réside dans cette approche. Car la Guinée Forestière, n'est pas simplement riche de son sous-sol, elle est aussi et d'abord riche de son sol et de son climat. C'est de cela que viendra le vrai développement durable car au profit du plus grand nombre, ce qui peut se faire avec l'aide éventuelle des recettes des mines, mais les mines seules n'y parviendront jamais.

 Jean Marie PETIT (Ingénieur Forestier)

(Troisième Partie)

Comme la plupart des Forêts Classées, Ziama fut créée dans les années 1940-50. Déjà à l'époque, pour les soustraire durablement à la voracité des défrichements agricoles en pleine expansion.

Mais le classement seul ne suffit pas à protéger. C'est ainsi qu'au début des années 70, le Centre Forestier de Sérédou fut créé avec l'aide de la FAO, ainsi qu'un Centre de Formation en gestion et génie forestier. Une protection efficace des FC nécessite l'indispensable  présence d'un gestionnaire attitré (Leçon N° 1).

Après le départ de la FAO, le Centre Forestier de Sérédou  laissé sans ressources financières, a vu ses capacités à gérer la FC se réduire à néant (Leçon N° 2).

Les années 80 furent dès lors, surtout marquées par une recrudescence croissante des défrichements agricoles à l'intérieur de la FC. Ils devinrent si inquiétants, qu'en 1990 ils suscitèrent un sursaut national et international, concrétisé dans le lancement du PROGERFOR (Projet de Gestion des Ressources Forestières). La carte thématique de la végétation de Ziama en 1990, représente très exactement la situation qui a motivé l'aide de la KfW (Coopération Financière Allemande) à travers le PROGERFOR.

 Les actions de protection et de restauration entamées par le PROGERFOR et  poursuivies dans les années 90 avec le PGRR (Projet de Gestion des Ressources Rurales) ont largement contribué à restaurer partout où cela était nécessaire l'intégrité de la FC Ziama, à l'exception du cas de Balassou II (carte de 2003).

Ce motif de satisfaction est cependant à mitiger. En cause, l'extrême déforestation qui s'est opérée dans toutes les zones riveraines et dans les enclaves pendant cette période 1990-2003. Un peu comme si la pression exercée avant sur les forêts de la FC, s'était intégralement reportée sur les zones riveraines et les enclaves, s'additionnant ainsi à celles déjà présentes antérieurement.

Le PGRR, comme son titre l'indique, s'était certes clairement fixé pour objectif d'élargir ses préoccupations à celles des collectivités rurales en les intégrant à celles strictement sylvicoles du PROGERFOR.

Un volet "Mesures Riveraines" fut ainsi créé avec son budget, son équipe et son programme spécifique. Des actions furent menées (sensibilisation, constitution et appui de groupements, ...) et des réalisations furent faites en faveur des communautés (écoles, aide à la porciculture, savonnerie, etc.…), Des droits d'usages furent même accordés en FC (aménagement de bas fond, récolte de rotins, etc.…), mais on ne s'attaqua pas vraiment à l'essentiel : la promotion d'une agriculture stable, durable et rentable (Leçon N°3).

L'arrivé en 2005 du PGRF (Projet de Gestion des Ressources Forestières), n'y change rien, bien au contraire ! Les questions de gestion des ressources ligneuses et non ligneuses de la FC, occupèrent toujours les devants de la scène, éclipsant  à nouveau l'essentiel : la promotion d'une agriculture stable, durable et rentable. Certes, tous ces programmes représentaient chacun, autant d'activités développées au bénéfice des riverains, mais dans quel but ?

L'idée maitresse, sous jacente à ces Mesures Riveraines était d'abord : "d'améliorer la perception du projet par les populations". Espérant par là, "gagner leur adhésion au respect de la FC". En clair : "on vous aide, on vous appuie et vous respecter la Forêt". Les populations semblèrent accepter ce deal. Mais avaient elles vraiment un autre choix ?

Après le départ de la KfW en 2008, le CFZ se retrouve à nouveau sans moyens financiers et perd ses capacités à gérer les FC. Surtout, il perd le contrôle des populations. Celles-ci n'étant plus soutenues, se libèrent de leurs engagements et profitent des faiblesses du CFZ pour pénétrer dans la FC Ziama. Au vu de la carte de 2019, il semble que leur présence à l'intérieur de Ziama est aujourd'hui massive.

Dans la 4ème Partie, nous découvrirons à travers de nouvelles cartes thématiques, comment la FC Diécké et ses zones riveraines semblent avoir, l'une et l'autre, bien mieux "résisté" au temps. Surtout nous essayerons de comprendre pourquoi ? Et d'en tirer de nouvelles et précieuses leçons à retenir.

FORET FORTE prend ses responsabilités pour la préservation de la forêt de Ziama et de Diécké.

Nos ancêtres nous ont laissé la forêt. Il est de notre devoir de la préserver pour les futures générations

 Celui qui veut combattre efficacement la destruction des forêts doit d'abord connaître les causes.

Qui ou qu’est ce qui détruit la forêt? Est-ce la production industrielle de bois destinée à marche locale ou l'export?

La vérité est toute autre. En fait, seule une petite quantité du bois coupé dans les forêts est utilisée par l’industrie. Dans les forêts européennes, on abat cinq fois plus de bois d'industrie. Rien qu'en Suède on produit plus de bois d'industrie que  dans  l'ensemble  des  forêts  Africaines  –  bien  que  ces  dernières  soient  au  moins quinze fois plus grandes.

Il a besoin du gouvernement, qui applique une politique forestière stricte et empêche l'exploitation forestière illégale et le brûlage illégal

Il est commun de dire qu'on apprend au moins autant de ses erreurs que de ses succès. Par ailleurs, ce que nous avons pompeusement appelé "leçons", ne sont d'abord que de simples constats de faits, analysés et interprétés avec bon sens.

Que nous faut-il retenir de tous ces constats ?

  • La gestion efficace d’une FC impose la présence et les actions d'un gestionnaire attitré. Un simple classement ne suffit pas.
  • Gérer c'est agir. Cela implique des moyens humains et matériels, donc in fine, financiers. Sans ressources (ou recettes) financières annuelles et régulières, les capacités à gérer une FC sont réduites. Elles deviennent rapidement inefficaces, avec des conséquences immédiates pour la FC.
  • FC et zones riveraines sont adjacentes et fonctionnent tels deux vases communicants. L'une ne peut se vider et l'autre se remplir. Ce qui vide ou emplit la zone riveraine ne peut que tôt ou tard, vider ou emplir la FC. Aussi nous l'affirmons clairement, aucune FC ne peut subsister à long terme dans ses limites, sans l'émergence en zones riveraines d'un processus vertueux, en lieu et place de l'actuel cercle vicieux de dégradation des écosystèmes forestiers.
  • Un plan de développement rural, peut se décliner en beaucoup d'actions requises. Toutefois la promotion d'une agriculture durable, fondée sur des pratiques de productions stables et rentables, en lieu et place de l'agriculture traditionnelle, nous parait à bien des égards être le meilleur moyen d'asseoir un réel développement économique et social pour le plus grand nombre.
  • Une agriculture stable et rentable, cela signifie des gains substantiels pour ceux qui possèdent des terres et des sources d'emplois pour les chômeurs qui n'en possèdent pas. Par voie de conséquence, cela signifie la fixation durable des riverains hors les limites des FC et le relâchement des pressions exercées sur elles.
  • Cela signifie également le bannissement des feux et conséquemment la possibilité d'une reconstruction éco-systémique des zones riveraines par la reforestation naturelle et/ou le reboisement dans les espaces restants.
  • In fine, la reforestation des zones riveraines est bénéfique à la protection des FC et au maintien de la biodiversité en général.
  • Inversement, la déforestation des zones riveraines, ne peut qu'impacter tôt ou tard la destruction des FC. Principe des vases communicants : "je me vide et je te vide, tu me remplis et je te remplis".
  • Par ailleurs à une époque où l'on ne parlait pas d'exploitation rationnelle à faibles impacts, l'histoire vécue de la FC Diécké, nous prouve aussi que l'exploitation sélective et raisonnablement planifiée de quelques bois d'œuvre, suivie d'une mise en défends suffisante, ne menace en rien l'intégrité et la richesse d'une forêt naturelle.

Chacun l'aura compris, le sauvetage de la FC Ziama implique de mettre fin à l'interminable "naufrage" des communautés riveraines de la FC.

Cela coule de source, mais c'est une autre affaire que de vouloir changer le cours de l'eau d'un ruisseau. Surtout, les ruisseaux font les grandes rivières. Et aujourd'hui, chaque sentier qui rentre dans la FC, est un ruisseau qu'il faut assécher, avant qu'il ne devienne l'une de ces "moto-routes" qui existent déjà en FC Ziama en 2019.

D'un autre point de vue, les besoins, les attentes et les urgences des communautés sont aujourd'hui nombreuses, fortes et pressantes.

 Au final, on l'aura compris, la tâche pour y parvenir s'annonce non seulement immense, mais aussi très complexe à mener. Il ne s'agit pas simplement de l'adoption de nouvelles pratiques agricoles, cela passe aussi par un changement des mentalités. Surtout les actions entreprises doivent l'être pour le plus grand nombre, sans oublier les plus démunis et pas simplement profitables pour quelques privilégiés.

L'inversion des tendances s'apparente à un virage à 180°. Peut-on ou doit-on le faire en "virage serré" ou au contraire suivre une trajectoire plus douce et plus longue ? Une chose est clair, la réussite du changement implique la cohésion entre toutes les parties prenantes et la franche adhésion des communautés. Et donc question première : comment restaurer une confiance mise à mal au cours des dernières décennies ?

Les lumières d'espoir, si elles existent encore, sont autant de flammes vacillantes qu'il faudra réanimer dans les esprits et de braises éteintes qu'il faudra réchauffer dans les cœurs de chacun. A ce titre, l'exemple de SOGUIPAH, aujourd'hui bien connu et apprécié de beaucoup en Guinée Forestière, ses expériences et son savoir-faire, représentent très certainement des atouts importants. Mais il ne suffira pas de souffler simplement sur les braises et sur les flammes.

Nous voici parvenu au terme de ces observations, analyses et réflexions.

Comme nous l'avons souhaité en préambule, nous aimerions qu'au final chacun puisse librement en son âme et conscience se faire objectivement sa propre opinion sur la thématique générale, ou sur les problématiques spécifiques, tel qu'il les aura perçues.

Aussi sans être limitatif, nous nous contenterons ci après d'en évoquer quelques unes à travers certaines questions que nous nous posons et/ou que l'on nous pose régulièrement :

  1. A) Aujourd'hui, le sauvetage de la forêt classée de Ziama s'avère à coup sûr, une immense tâche.
  • La FC Ziama peut-elle encore être sauver ?
  • A qui revient-il de l'assumer ?
  • Par où et par quoi faut-il commencer ?
  • Selon quelle méthode et avec quels moyens ?
  • Faut-il la déclasser en tant que Réserve de la Biosphère ?
  1. B) La forêt classée de Diécké, se présente en bien meilleur état.
  • Sa gestion peut elle encore s'améliorée ?
  • Si oui de quelle manière ?
  • L'exploitation industrielle pourrait-elle à nouveau s'y pratiquer ?
  • Y voyez-vous des risques ? Ou au contraire des Intérêts ?

Deux points de vue opposes s'affrontent,pourquoi ?  lequel choisir et defendre ?

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S'agissant de l'exploitation (ou non) dans les Forêts Classées deZiama et Diécké, l'argumentation desplaidoyers tel que ceux défendus par la Société Civile Préfectorale de NZE ou l'ONG "Touche Pas à Ma Forêt" et d'autres, se sont d'emblée focalisés et limités  à l'existence de Forêt Forte (FF) et à sa Convention.